Mercredi 15 novembre 2006
Au premier étage, dans son neuf mètres carré, assis sur sa chaise, le coude posé sur le bureau, le regard traversant la fenêtre cherchant entre les pins les quelques étoiles qui apparaissent, il était vide. Vide ! Le cerveau ne pensant plus à rien ou peut-être si cherchant un point de repère au loin avec ces étoiles camouflées de nuages et d’épines. La faible lumière de sa lampe de bureau s’écrasait comme elle pouvait sur les pages de son cahier. On y distinguait quelques calculs mathématiques de première année :
F(x)=√x. ln(x^3 +x) = √x. ln x (1+x²)] = √x.lnx + √x.ln (1+x²)
Lim f(x) = lim √x. lnx + lim x. ln(x²+1)
x→0+ x→0+ x→0+
Il y avait sur l’étagère collée à son lit son poste radio qui chantonnait une vieille chanson de placebo. On pouvait entendre aussi ce qu’il se passait dans la chambre d’à côté ainsi que celle du dessus…
En fait, il en avait tout simplement raz le bol de tout. Raz le bol de bosser pour quelques choses qui l’ennuyait de plus en plus et envers lequel il ne savait pas vers quoi cela allait-il l’emmener plus tard. Raz le bol de devoir se passionner absolument pour une seule chose. Raz le bol d’être passionné. Raz le bol de vivre seul dans cette chambre entouré de tout le monde mais n’ayant que pour seul compagnie son poste de radio. Ses parents ne l’avaient pas voulu mais il était venu au monde, et ils s’en étaient satisfaits. Le début de sa vie n’avait eu que pour seul soucis une paire de claque s’il n’avait pas fait ses devoirs ou s’il avait eu une mauvaise note. Mais aujourd’hui… Oui, aujourd’hui… Tout est devenu différent. Ses parents sont séparés et ne le pousse dans ses études que par des remarques désagréables. C’est d’ailleurs lui-même qui trime chaque été pendant que ses amis partent entre eux en vacances pour pouvoir se payer chacune de ses années scolaires… Chacune de ses années scolaires qui sont les mêmes depuis trois ans maintenant… En travaillant trois mois, il arrivait à accumuler deux milles cinq cents euros avec lesquelles il payait ses trois cent cinquante euros d’inscription à l’université, ses cent trente euros de loyer mensuels ainsi que ses tickets restaurants universitaires où chaque vendredi on avait droit à un verre de cidre et une galette. De temps à autre, il se permettait une sortie : un cinéma, un verre entre amis dans un bar du centre-ville, un nouveau CD… Tout était tellement devenu morose. Aucun avenir ne se présentait comme bienveillant. Le présent même n’était pas l’avenir qu’il s’était imaginé quand il jouait dans la cour de récré. Il avait eu une copine dont il était amoureux mais leur vision différente des choses avaient eu raison d’eux.
Dans sa déprime, il avait trouvé un ami dans un récipient de verre. Ce petit cylindre qu’il remplissait régulièrement de ce qu’il appelait sa « Vittel polonaise ». Il n’était plus heureux, il se demandait même si il l’avait été mais cet alcool lui faisait oublier ses peines, il n’avait plus de soucis. Sa « Vittel » ne lui servait que pour çà d’ailleurs. A quoi bon se mettre à la dérive si on est heureux ? N’est-ce pas que pour combler un malheur ou un simple souci ou simplement un manque évident d’un bonheur qu’on n’a pas (encore ?) réussi à acquérir dans sa vie ? C’est pour cela que ce soir là, il se leva de sa chaise… trois fois… se dirigea les bras perpendiculaires vers la porte, et sorti dehors dans la nuit. Le seul charme de sa résidence universitaire était qu’elle donnait dans un bois. Une petite forêt de cinquante hectares où se dressait en plein milieu sa faculté des Sciences.
Arrivé en bas de l’immeuble, il mit la bouteille sur ses lèvres et se désaltéra jusqu’à ce que celle-ci ne puisse lui offrir ce qu’elle n’avait plus… Il marcha jusqu’à échapper à la lueur des lampadaires. Il fit encore une dizaine de mètres lorsqu’un écureuil prit peur et sauta devant lui sur un arbre… Surpris, il trébucha sur une racine et s’effondra dans un fossé tout proche…
Une lueur étrange traversa le bois… Elle était orangée. Les oiseaux, un à un, commencèrent leur raffut. Le bruit du plastique vert secoué contre la ferraille d’un camion se distinguait au loin.
Une nouvelle journée débuta sur la planète Terre…
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